Au rayon cd

Notes personnelles

29 février 2008

Quelqu'un m'a dit ce qu'on ne peut pas dire

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A l’heure où Raphaël s’apprête à publier son quatrième album studio, avec un succès annoncé par le premier single « Le vent d’hiver » (déjà bien en place dans les playlists des FM), je voudrais ressortir sur ce blog un passage du livre que j’avais consacré au chanteur en 2006 (« Raphaël de A à Z »). Ce court passage devait figurer dans l’intro de l’ouvrage mais on m’a rappelé immédiatement à l’ordre pour le supprimer (Carla Bruni sortait à l’époque avec Raphaël Enthoven, propriétaire du groupe d’éditions, ce que j’ignorais). Alors aujourd’hui, puisqu’il y a prescription et surtout parce que mon opinion sur le sujet n’a pas changé, voici le contenu blasphématoire en question :

Rétrospectivement, la nouvelle chanson française si médiatisée (et dans laquelle le nom de Raphaël n’apparaissait pas) n’était peut-être qu’un épiphénomène au regard de ce qui se préparait en coulisse. Avec l’arrivée de Raphaël, on assiste à une renaissance de la chanson, au-delà de la « nouvelle chanson française ». Le jeune artiste a réalisé l’exploit de mettre tout le monde d’accord et à rendre populaire une vraie chanson française de qualité. Dans un même élan de résistance, le pays s’est réveillé comme par miracle et a plébiscité Raphaël, échappant à l’engourdissement neurologique et médiatique qui lui laissait croire qu’une ancienne mannequin était devenue un auteur de qualité, ou que les nouveaux talents se recrutaient dans les rangs de la télé-réalité.    

Un grand merci au dessinateur Loïc Sécheresse pour l'illustration. Retrouvez son travail passionnant sur son blog : http://www.loicsecheresse.com/blog/

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Que reste-t-il de Philippe Léotard ?

Sept ans après la mort de ce poète-acteur-chanteur génial, que reste-t-il de lui ?

Il reste son frère, François, piégé en flagrant délit de connivence honteuse par des caméras, épisode politico-médiatique qui sera le terreau fatal du film de Pierre Carles "Pas vu pas pris". Son livre "A mon frère qui n'est pas mort" n'a pas été à la hauteur de son sujet, malheureusement.

Il reste Claude Lelouch, dont le cinéma n'est plus que l'ombre de lui-même depuis la disparition de son meilleur second-rôle fétiche.

Il reste le tabac, interdit jusque dans les bars et les salles de concerts.

Il reste l'alcool, à consommer avec modération, comme la vie et les sentiments d'aujourd'hui.

Il reste un gouffre de silence, où résonne un accordéon qui rêve qu'il dort.

Il reste des cliniques de la raison close, mais pas chez les libraires.

Il reste une jeunesse qui essaye d'arrêter la clope tous les quinze jours (parce que tu vois kwa il faut qu'ils se recentrent sur eux-mêmes) et qui philosophe dans une convivialité émasculée, caféinée, et zenifiée (du verbe Zener : je Zen, tu Zen, et quand tu ne Zen pas tu gênes).   

Il reste la Chanson pour Patrick Dewaere, de Raphaël, qui est aussi pour Philippe Léotard.

Il reste ses disques enflammés (à quand une réédition de cette oeuvre majeure, à quand un Live, à quand un Tribute ?)

Il reste l'espoir, et plus on en parle moins il y en a, comme le respect. La preuve : Cali (un croisement entre le mégalo Higelin et le démago Bruel) a appelé son album "L'espoir". Ferré doit se retourner dans sa tombe.

Il reste la mémoire et la mer, où des bateaux ivres continuent à circuler malgré tout au milieu des rouleaux compresseurs.

Il reste la poésie, qui rime malheureusement avec Zazie aujourd'hui en France.

Tout ça pour ça.

 

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27 février 2008

La chanson française (à Jeanne Cherhal) : "Ne me touche pas, tu me salis"

L’autoproclamée « artiste libre » Jeanne Cherhal a donc fait part aux médias qu’elle a enregistré une chanson sur le fameux SMS polémique de Sarkozy « Si tu reviens, j’annule tout ». Après tout, Katerine a bien détourné le « Quelqu’un m’a dit » de Carla Bruni pour en faire une parodie marrante sur Sarkozy. Le problème, c’est que Katerine, lui, est drôle sur ce coup là. Jeanne Cherhal annonçant qu’elle a enregistré la chanson « Si tu reviens j’annule tout », c’est un peu comme si ma voisine de palier annonçait par communiqué de presse (via son « agent », comme Cherhal, c’est plus classe) qu’elle reprend ses études : tout le monde s’en fout, sauf elle. N’est pas Anne Sylvestre qui veut. La Cherhal doit probablement faire un transfert. Les hasards et coïncidences de la vie ont fait que l’histoire du SMS de Sarkozy est tombée au moment où la « chanteuse » recevait elle-même un texto de sa maison de disques : « Si tu reviens, j’annule tout » qui lui signifiait une rupture de contrat explicite. Ne voulant pas y croire, refusant d’admettre cet éclair de lucidité de son employeur (il était temps après trois « albums » hideux), Cherhal décida de prendre cela comme un encouragement à coller à l’actualité et, comme d’habitude, personne n’a osé lui dire quoi que ce soit dans sa cour de bobos complaisants. Et pour ceux qui se demandent depuis le début de ce post : « Qui est cette Jeanne Cherhal ?! », demandez à votre agent (des postes, des impôts, etc…) mais vous risquez de ne pas être plus avancés.

Vive la vraie chanson française, vive la liberté !

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26 février 2008

Les Rita Mitsouko et Thomas Dutronc célèbrent Paris

Le fringant Thomas Dutronc et les Rita Mitsouko ont, sans se concerter, concocté un diptyque d’anthologie sur Paris en 2007. Le premier, avec J’aime plus Paris, prône la fuite de la capitale avant d’admettre que cette ville est la sienne et le restera. Les seconds, avec Ma vieille ville, offrent le pendant mélancolique à l’entrain de mauvaise foi de Dutronc, en dressant le tableau impressionniste d’une ville lumière aux vertus de station thermale improbable, point de chute des amours mortes et objet de fascination mythique plus proche du cimetière des éléphants que des contes de fée bling-bling. Dans les deux cas, tout a changé mais Paris reste Paris, repère vital de l’éternel amoureux de la vie.

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25 février 2008

Tôt ou Tard... on aura des fans

Le nouveau site du label Tôt ou Tard est en ligne depuis le 02 octobre 2007. A part une illusion de plus grande chaleur vite dissipée, on remarque surtout la disparition du forum. Quelques personnes s'en étonnent dans les commentaires postés sous la lettre du patron du label, page Journal (sans obtenir de réponse d'ailleurs). Mais en y réfléchissant dix secondes, la raison de cette absence jaillit comme une évidence : les artistes Tôt ou Tard n’ont pas de fans, tout simplement ! A part Desproges et Delerm s'entend (parce que le grand public confond ce dernier avec Christophe Willem). On se souvient du commentaire que les chansons de Gainsbourg ont inspiré à Marcel Aymé : "elles ont la dureté d'un constat". On peut sans peine le reprendre pour le site de Tôt ou tard : "il a la dureté d'un constat". 

Texte publié dans le mensuel Platine, numéro de Janvier 2008

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24 février 2008

CharlElie

J'ai survolé les 150 pages du journal intime ("day by day archives") que tient CharlElie Couture sur son site depuis 6 ans http://www.charlelie.com/indexhome.php

J'étais peiné à la lecture de ses réactions désemparées face à l'indifférence générale qu'a reçu son magnifique dernier album "New YorCoeur". J'ai pensé à Nino Ferrer en survolant ces pages, avant qu'il n'évoque effectivement le suicide du chanteur du "Sud" lors d'une longue énumération d'artistes en tous genres disparus tragiquement. Je ne suis pas un inconditionnel de CharlElie, je ne connaissais pas grand chose de son oeuvre avant de tomber par hasard sur "New YorCoeur", qui frôle la perfection. Je l'écoute avec fascination, et notamment mes trois préférées (L'empire du pire, Juste un instant, Même à Spielberg) en boucle à certains moments de la journée. Je ne sais pas si vous connaissez ces chansons, je ne sais pas si vous les avez écoutées. Voilà un artiste complet qui fait du rock, du bon, qui donne du frisson, qui a sa place en couv' de Rock&Folk, mais qui subit une vraie malédiction médiatique, injuste au possible. Evidemment, je ne pense pas qu'il s'agisse d'une cabale organisée, CharlElie est un type bien de toute évidence, et il n'est pas le genre à emmerder le monde. Je pense sincèrement qu'il mérite autant de considération qu'un Gainsbourg avec cet album américain. Oui, "New YorCoeur" est son "Love on the beat" à lui. Et j'espère que son prochain ne sera pas son "You're under arrest", au sens où il ne doit pas être le dernier.

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23 février 2008

Marre de ce mec-là

Bruel déclarait à la sortie de son album Des souvenirs devant : « Je suis un romantique, au sens littéraire du XIXème siècle ». On rappellera que le tempérament du romantique version XIXème se résume de la manière suivante dans le dictionnaire : exaltation de la sensibilité, imagination, recherche d’infini, tentation de la révolte... tout Bruel donc. Jugez plutôt :

- j’sais bien qu’j’l’ai trop dit, mais j’te l’dis quand-même… j’t’aime (sensibilité exacerbée)

- on s’était dit rendez-vous dans dix ans, même jour, même heure, même pomme (imagination)

- vite, j’tombe, est-ce que tu seras en bas ? Est-ce que tu m’attendras pour m’emmener là où je n’sais pas (recherche d’infini)

- qui a le droit, qui a le droit, qui a le droit… d’faire ça ! (tentation de la révolte)

Pour finir de convaincre les sceptiques, précisons encore que le héros romantique du XIXème siècle aspire au rêve (dors, dors, mais ne ferme pas les yeux), et à la liberté (si ce soir, j’ai pas envie d’rentrer chez moi, si ce soir, j’ai pas envie d’fermer ma gueule, si ce soir j’ai envie d’me casser la voix).

Enfin, le romantique du XIXème siècle éprouve le dégoût de la vie, ce que l’on ressentait bien dans le premier tube de Bruel : Comment ça va pour vous, parce que pour moi, parce que pour moi, ça va pas mais pas mais pas du tout, j’attends Lola, j’attends Lola, j’attends Lola qui vient pas.

Oui, décidément, Patrick Bruel est bien un romantique au sens littéraire du XIXème siècle.

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22 février 2008

Ultra Orangeade

Qui n'a pas écouté un disque de la chanteuse Nico n'a pas connu une Expérience de Mort Imminente (chère à Jean-Christophe Grangé dans son roman "Le serment des limbes") : à l'approche de la mort, certaines personnes ont une hallucination. Toujours la même. Le sentiment de quitter son corps, la sensation de plonger dans un tunnel obscur. Au bout du tunnel, une lumière grandit et l'inonde, sans l'éblouir. Cette lumière possède un pouvoir. La personne se sent emplie par un sentiment indicible d'amour et de compassion. Parfois, ce sentiment est si agréable, si grisant que l'inanimé accepte de mourir.

Qui n'a pas écouté le disque de Ultra Orange, dans lequel Emmanuelle Seigner se prend pour Nico, n'a pas connu une Expérience de Mort de Rire Imminente : même chose que l'Expérience de Mort Imminente mais au bout du tunnel, il n'y a pas de lumière. Non. C'est autre chose qui inonde l'auditeur sans l'éblouir. Ultra Orange en Velvet Underground français quarante ans après l'album à la banane, c'est aussi ridicule que de crier au génie pour Mika qui serait le digne successeur de Queen et Bee Gees. Est-ce que les groupes qui font des covers des Beatles sont considérés comme des génies ? Quand les Queen ont surgi à l'aube des années 70, personne ne sonnait comme eux, personne ne chantait comme Freddie Mercury, leur singularité était la marque de leur génie. Tout comme les Bee Gees. "Être le seul, pas le premier", disait Jean-Edern Hallier. Juger Mika uniquement par comparaison ne fait pas de lui un génie, juste un effet de mode. Malheureusement, il y en a qui tombent dans le panneau et arrivent à se convaincre que ces baudruches, artificiellement gonflées sous les lumières médiatiques en manque de sensationnel, sont des génies.

Le disque d'Ultra Orange est un gaz gastrique qui a pour unique conséquence de liquéfier les oreilles sous une trop forte exposition.

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21 février 2008

Nicolas S.

Nul doute que si Nicola Sirkis se présentait aux élections présidentielles, et que le droit de vote était abaissé à 16 ans, il ferait un bien meilleur score que les communistes et les écolos. Avec son programme Liberté sexuelle, Inégalité de la coupe de cheveux, et Fraternité onirique, le candidat d’Indochine récolterait tous les suffrages de ses fans (1 million de voix), et d’une partie de la gauche utopiste pour qui Nicola Sirkis incarnerait avec davantage de charisme une figure emblématique révolutionnaire à la Che Guevara qu’un Olivier Besancenot par exemple.   

Que n’attend-il alors pour se présenter, lui qui est déjà rompu à l’exercice du pouvoir depuis plus de 20 ans au sein d’Indochine et qui séduit les foules présentes en nombre à ses concerts depuis autant d’années ?

Nous aurions pour premier ministre Didier Wampas, et un programme de gouvernement enfin applicable : Chirac en prison, J’ai demandé à la lune, Bienvenue chez les nus, Aujourd’hui je pleure, Le grand secret, Revolution, Les années bazar, Un grand carnaval, Dizzidence politik.

Texte publié dans le mensuel Platine, numéro de août 2007

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20 février 2008

La ronde des jurons

Quand je lis dans le magazine CHORUS de septembre 2006 : "la société (...) continue de chercher noise aux artistes-chanteurs ou rappeurs qui dans leur oeuvre actualisent l'éternel "mort aux vaches" avec une violence comparable à celle de Georges Brassens", je suis estomaqué et me demande où vit ce journaliste. Pas en France, et pas en 2006 en tout cas. Certes, Brassens mangeait du poulet et du gendarme comme son disciple Renaud ("Ronde de nuit", en 1994). Mais voyez-vous, je pense qu'il faut cesser cette démagogie dangereuse qui voudrait nous faire croire que tout se perpétue dans les règles de l'art. Il faut être sourd et aveugle pour se permettre de telles assertions. Alors pour votre information, il y a aujourd'hui des zones de non-droit en France, et les groupes de rap qui lancent des appels au meurtre de flics dans leurs "chansons" sont subventionnés par nos maires avec l'argent du contribuable. Au moins, Brassens n'était pas subventionné et donc libre de dire ce qu'il voulait. Ensuite, les attaques violentes et répétées sur la police constituent bien un sujet d'actualité préoccupant, dépassant largement le cadre de palabres poétiques inoffensives lancées par un joyeux anarchiste dans ses chansons populaires. J'ai bien dit poétiques. Car souvenez-vous que Brassens, de ses propres dires, estimait que les gens appréciaient sans doute ses gros mots parce qu'il y mettait quelque chose derrière. Il me paraît évident qu'un "ta mère c'est rien qu'une pute" n'a pas la même valeur et la même portée dans la bouche du chanteur Raphaël ("Ô Compagnons") que dans celle du footballeur Matterazzi.

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