02 mai 2008
Fonctionnaire !
C’est quoi cette nouvelle manie lancée par les footballeurs d’annoncer systématiquement sa retraite publiquement ? Cet ultime moyen de se faire un coup de pub est entré dans les mœurs. Dès qu’un footballeur arrête sa carrière (traduire on ne veut plus de lui nulle part), on y a droit partout. L’intérêt m’échappe mais bon, s’il n’y avait que ça.
Pour la musique, je pensais que les types étaient animés par une passion indéfectible, que rien ne pouvait arrêter (qu’est devenu le slogan soixante-huitard « je voudrais mourir sur scène » ?). Je sais, Brel avait annoncé sa retraite. Cela ne concernait que la scène, il a continué à enregistrer après ses mythiques adieux (parisiens) à l’Olympia. Tout comme Henri Salvador qui projetait de poursuivre les enregistrements après être monté sur scène trois mois avant sa mort à 90 ans. Mais Phil Collins, qui vient d’annoncer qu’il n’enregistrera plus et qu’il ne mettra plus jamais les pieds sur scène, n’a que 57 ans. Imagine-t-on Robert Wyatt prendre sa retraite ? Ou Louis Bertignac ? Ou Carla Bruni ?
Quand on pense à des types comme John Lee Hooker, qui ont chanté et enregistré jusqu’au dernier souffle (à 84 ans) ou James Brown (à 73 ans), ou encore Léo Ferré (à 77 ans), l’annonce de Phil Collins fait rigoler et l’on se demande quelles étaient les motivations d’un tel artiste lorsqu’il était en activité (se frotter à la Muse de la création ou faire semblant ?). En même temps, il était acteur, il a donc bien joué son rôle de musicien passionné (souvenons-nous du passage de Genesis interprétant « Mama » chez Drucker au début des années 80, ça avait plus de gueule que les Cure en tutus). D’une certaine façon, les fans doivent se sentir floués par ce genre d’annonce. Imagine-t-on Francis Lalanne faire subir ça à ses fans ? Non, inconcevable.
La sensibilité ne se tarit pas avec l’âge, si on en est équipé. Etonnant donc de voir des « créateurs artistiques » décréter la fin de la quête du Beau à 50 ans et quelques. Peut-être Phil Collins estime-t-il avoir accompli cette quête. Maintenant, après cette genèse longue de plus de trente ans, on attend la sortie dans les librairies de l’évangile selon Saint-Phil.
29 avril 2008
Saga à fric ah !
Un article de Marianne évoque cette semaine le concert du 14 juillet 2007 au Champ-de-Mars. Le hasard fait bien les choses, puisque nous étions en plein dedans il y a quelques jours avec l'ami Polnareff qui, finalement, n'était pas la deuxième mais la troisième roue du carrosse :
"Alors qu'il s'était engagé sans retenue aux côtés de Ségolène Royal durant la campagne présidentielle, Yannick Noah a reçu quelques semaines plus tard un appel de l'Elysée qui lui a proposé d'assurer le concert en plein air du 14 Juillet, au Champ-de-Mars, à Paris. La présidence de la République lui a proposé beaucoup d'argent. Noah a fait monter les enchères. Elles ont doublé. Le chanteur a relancé "pour voir jusqu'où ils pouvaient aller". L'Elysée a suivi. Jusqu'à lui faire miroiter une somme que le chanteur a qualifiée d' "indécente". Quatre cent mille euros ! Fervent antisarkozyste, Noah a, bien sûr, décliné l'offre. Pour le plus grand bonheur de Michel Polnareff qui l'a suppléé et a pu souhaiter "bonne chance à monsieur le Président" au soir de la fête nationale devant des dizaines de milliers de spectateurs et des millions de téléspectateurs. Pour un cachet de quel montant ? La star sur le retour comme l'Elysée restent fort discrets sur le sujet. Seule certitude : l'infrastructure mise en place pour le show a coûté 300 000 euros. Une misère que le Château a tenté de faire payer à la Mairie de Paris. Mais Bertrand Delanoë a refusé de signer le chèque. Au total, la soirée aura coûté la bagatelle de 1,2 millions d'euros".
28 avril 2008
Je me permets une digression sur le fait divers de la jeune suédoise assassinée à la sortie d’une boîte de nuit. Bruno Cholet (rien à voir avec Bruno Lochet des Deschiens) était multirécidiviste, avait été condamné en 1989 pour le viol d’une collégienne de douze ans et en 1983 pour le viol d’une auto-stoppeuse. A 5 ans, il avait fallu lui passer la camisole de force. Voilà le genre d’individu « qui a payé sa dette à la société en prison » (selon la « justice ») que la société civile doit se coltiner sans que personne ne sache rien, lâché dans la nature à côté d’honnêtes citoyens, de parents ignorants que de tels prédateurs vivent à proximité de chez eux. Quand on se rend responsable d’un viol, on devrait être enfermé à vie dans un centre. On m’a toujours appris à assumer mes actes, un viol est un acte barbare, un barbare ne doit pas retrouver la liberté. Et il n’y a pas de bonne conduite, ni d’expertise psychologique favorable qui tienne (les ravages de la psychologie et de la psychanalyse ont déjà fait assez de dégâts dans la presse féminine, on les voit maintenant contaminer tout le système judiciaire et plus globalement le mode de pensée de la société).
Quand on est une jeune fille avec des cheveux blonds, il vaut mieux demander Joe le taxi que d’embarquer dans le premier véhicule venu, surtout à 4 heures du matin quand on n’est pas accompagnée. Après, avec l’alcool et la fatigue, le discernement est malheureusement parfois rendu difficile. Mais comment peut-on continuer à vivre dans une société où on risque de tomber sur des types comme ça, qui poussent l’ignominie jusqu’à se faire passer pour des chauffeurs de taxi ? Les médias, toujours si prompts à donner des leçons, à faire la morale, ne se contentent que de relayer les faits. Ici, la liberté de la presse doit justement s'exercer, faisant fi des présomptions d’innocence et autres hypocrisies nées d’un système fondé sur le cognitif social et ses dérivés pseudo-psychologiques qui marchent sur la tête.
27 avril 2008
Polnareff, La mouche 3
Michel Polnareff est surnommé par ses fans, et par lui-même, "L'amiral". Olivier de Kersauson, navigateur et pilier des "Grosses têtes" de Philippe Bouvard sur RTL est aussi surnommé "L'amiral" (en l'occurence, c'est plus "L'ami râle" que "L'amiral" mais bon, ne compliquons pas).
Marrant ce paradoxe, alors que c'est le premier qui a sa place au panthéon des grosses têtes. "Je vois quelques moussaillons dans l'assistance, l'amiral vous salue", lâchait Polnareff à ses fans agglutinés dans le parterre du 14 juillet 2007 à Paris, lors de son grand concert télévisé. Il paraît que ce sont ses fans internautes qui lui ont trouvé le surnom de "L'amiral". Ces fans doivent le trouver drôle. Ou bon navigateur. Les fans savent tout. Il faut dire qu'effectivement, naviguer à vue depuis quarante ans avec le même répertoire et le même concept de l'artiste venu d'ailleurs (d'une série Z par exemple), à l'humour venu d'ailleurs, tient de l'exploit. De plus, sans Polnareff, nous n'aurions pas Obispo. C'est drôle non ? Après tout, un éléphant accouche d'un éléphant, il est normal qu'un Polnareff accouche d'un Polnareff.
Ce que Polnareff ignore probablement, c’est que Nicolas Sarkozy l’a choisi pour représenter la France au grand concert du 14 juillet uniquement parce que son ami Johnny était indisponible (pour cause d'enregistrement de son album blues aux Etats-Unis).
26 avril 2008
Contusions on a dance floor
Bizarre le dernier clip de Madonna : on y voit Justin Timberlake faire de la gym et du jogging avec sa mère pendant toute la chanson, dans leur garage, sous l'oeil de Timbaland. Bizarre non ? En plus, au début du clip, ils quittent la table pendant que les autres sont encore en train de manger :
http://fr.youtube.com/watch?v=eMNvJdJYYKc
24 avril 2008
Il est des nôtres !
Avant de subir le concert de louanges qui ne devrait pas tarder à s'abattre sur nos têtes (France 2 et Europe 1 ont déjà commencé les répétions de l'annonce du décès), il est encore temps de garder un peu de lucidité sur Pascal Sevran. Une biographie sur le personnage est sortie il y a quelques mois, dont j'aime beaucoup le titre et sous-titre : "Le maître chanteur - L'homme à qui la chanson française ne doit rien".
Voici la présentation de l'ouvrage sur amazon :
23 avril 2008
Black or white
Je ne voudrais pas être accusé de faire du racisme primaire mais il faut admettre que l'album blanc des Beatles est bien supérieur au black album de Prince et au black album de Metallica.
Tiens, celle-là j'aurais pu la vendre à Ruquier.
21 avril 2008
FALCO
Cette année, cela fait dix ans que le génial chanteur autrichien Falco est mort, en République Dominicaine, dans un accident de la route mystérieux (suicide ? alcool ? drogue ? négligence ? excès de vitesse du bus qui l’a percuté ?). On ne connaîtra probablement jamais la vérité.
Pour les français, grâce à la sacro-sainte exception culturelle et aux quotas radios qui nous coupent davantage des chansons géniales en provenance de nos voisins directs (si si, nous partageons une frontière commune avec l’Allemagne, peu de gens le savent mais c’est pourtant la vérité) qu’ils ne rendent service à nos oreilles (et à nos cerveaux par la même occasion), Falco reste le lointain chanteur des années 80 auteur de « Der Kommissar » et « Jeanny », et c’est tout. Comme Duran Duran est le groupe de garçons coiffeurs des années 80 qui a chanté « The reflex », et c’est tout. Voilà où nous en sommes dans le pays qui donne des leçons de liberté d’expression et de droits de l’homme (et du citoyen) et de goût surtout à la planète entière, sur le ton du cynisme le plus suffisant (culture Canal +).
Je dois admettre que ma découverte approfondie de l’œuvre de Falco est née de la diffusion d’un documentaire que Arte lui a consacré quelques jours seulement après sa mort. Le mot est galvaudé, mais cet artiste était un génie (deux mots galvaudés donc finalement). Il ne s’est pas contenté d’être le premier rappeur blanc (alors que Lalanne est le dernier des derniers) à cartonner aux Etats-Unis (« Rock me Amadeus » s’est classé N°1 au Billboard en mars 1986, et l’album Falco 3 a atteint la troisième position, tout cela dans la langue de Goethe), bien avant Eminem, mais il a surtout insufflé dans le genre une puissance de feu rock, new wave, pop, electro restée inégalée depuis.
Sa musique était réellement démoniaque, d’une modernité absolue, incroyablement produite, et le charisme de Falco écrasait tout sur son passage. Il a sorti 8 albums studio (le dernier, « Out of the dark », à titre posthume). Un CD regroupant les chansons qu’il avaient écartées porte le titre « Verdammt, wir leben noch ! ». Je connais beaucoup de chanteurs français qui aimeraient avoir des fonds de tiroir pareils, eux qui nous agressent en permanence avec les double-fonds de tiroir de leur musique Ikéa. La vie du génie autrichien vient d’être portée à l’écran, avec Grace Jones dans le casting. Rassurez-vous, on est en France, pays des lumières faiblardes, on n’est pas prêt de le voir. En tout cas, la bande-annonce donne un aperçu fidèle de l’œuvre, j’ai hâte de m’exiler pour aller découvrir cette fiction prometteuse consacrée à un pan exceptionnel de la musique mondiale : http://stereogum.com/archives/video/falco-the-movie-finally_007910.html
19 avril 2008
Amis de la poésie
Goûtez-moi ça :
sur un quai de gare en Italie
des écrans le long des voies ferrées
vomissent des images
comme si la poésie du rail ne suffisait pas
comme s'il fallait combler l'espace
des écrans encore
au restaurant
chez l'opticien
dans la parfumerie
au magasin de baskets
des écrans avec des gens
d'autres gens
plus beaux et plus désincarnés
des gens sans ride, sans marque
et de la musique
sans ride sans marque
bien lisse
je pense à ce quai de gare
je pense à mon ennui
je pense au vide
ce vide qu'il faut remplir sans cesse
ce vide que j'aime
regard vide
ennui
vacuité
vacance
ce creux d'enfance, rien à faire
quelques minutes sans rien faire
à laisser aller ses pensées
mais l'écran est là
pour que les pensées s'arrêtent net
faudrait pas qu'on s'ennuie de trop
faudrait pas qu'on pense trop
sur un quai de gare en hiver
faudrait pas que la poésie nous prenne de trop
on ne sait jamais
la poésie c'est dangereux
alors on met des haut parleur à chaque coins de rue piétonne
avec le flot de la radio
un flot de voix qui se déverse entre chaque pavé
surtout ne pensez pas
ne sentez pas
laissez vous faire
l'ennui vous quitte
vous n'avez plus de vide en vous
le vide , on va vous le remplir malgré vous
mais moi ce vide
cet ennui
je l'aime
je les aime ces moments creux où il n'y a rien à faire
d'autre que de regarder les rails noirs
et les fils électriques dans le ciel
avec les oiseaux posés dessus
qui font comme une partition de musique
peut-être que les oiseaux un jour
ont écrit un morceau de Ravel
j'aime ce vide dans lequel je tombe tous les jours
et qui me fait peur
ce vide que j'essaye de combler comme je peux
avec mon amour
avec mon sans issue
mon impasse personnelle
j'aime pas qu'on me mette des images, des sons à travers la gueule
je préfère le rien
le ciel
la rue qui tangue
et les rails
et le train qui va venir pour m'emmener quelque part
L'auteur de ce texte magnifique n'est autre que la chanteuse Jil Caplan.
Si vous en voulez d'autres, allez visiter son blog, il fait du bien :
http://toutecrue.blogspot.com/
Jil Caplan a sorti un excellent album l'an dernier, à savourer avec un bon vin et quelques cigarettes.
En voici un extrait :
http://fr.youtube.com/watch?v=QB3xuUnJlwg
17 avril 2008
Rock & Folk & Pornographie
Rock & Folk fait une review du concert des Cure à Paris et qui s'y colle ? L'actrice porno Coralie Trinh Thi. Elle est bien là la décadence : confier un papier sur les Cure à ... heu... comment dire ... une ... heu ... à Coralie machin, premier rôle dans "Exhibition publique", "Triple fist anal", "Pornovista", "La princesse et la pute", "La princesse et la pute 2" (merci Wikipédia)... bref, du grand cinéma genre "La grande Vadrouille" ou "Bienvenue chez les ch'tis" (à ce niveau là j'assume). Elle est aussi auteur des livres "Osez la sodomie" et "La voie humide". Je veux bien. Je veux bien aussi qu'on pleure à un concert : si on se rend compte qu'on n'a plus assez d'argent pour prendre une autre bière. Mais si on pleure 10 fois, c'est qu'on se regarde pleurer. Et alors, "oublier de pleurer", là, pour écrire un truc pareil, c'est que Patrick Bruel doit être son deuxième chanteur préféré après Robert Smith. On ne peut réprimer une grosse éjaculation précoce de rire à la lecture de son article : "J'ai cru que ce jour ne finirait jamais, je n'aurais jamais cru que ce soir puisse être si près de moi... J'essaie de voir dans le noir, j'essaie que ça marche, de sentir la peur avant que vous soyez là. J'invoque les ombres, bien trop près... Mais si j'avais votre foi... Si seulement j'étais sûre que votre tête sur la pochette n'était pas qu'un rêve...". J'arrête là, on en est déjà à 12 petits points en 7 lignes, Miossec disait que les petits points étaient la misère et la facilité de l'écriture, et il avait raison. Et ce n'est pas tout : "Je suis dans les gradins, tout près de la scène, le coeur palpitant aussi fort que l'hymen d'une vierge avant sa nuit de noces. (...) "Prayers for rain" va suivre et je vais pleurer, j'en tremble depuis que j'ai étudié la set-lists de la tournée. Je pleurerai si elle est ratée à cause de l'absence de claviers, mais je pleurerai encore plus si elle est réussie (...) clavier ou pas, toutes les émotions des mélodies sont bien là, et ce son plus rock lui va si bien que j'en oublie de pleurer (...) Contre toute attente, "Just like heaven" fait couler mes premières larmes (...) "A boy i never knew", guitare acoustique, une voix qui remue les tripes et je pleure encore (...) Je reprends conscience au premier rappel". Oui, du Amanda Sthers dans le texte. On veut nous faire passer une actrice porno comme argument de crédibilité rock, le fin du fin de l'aristocratie critique, mais ça ne le fait pas. Ce n'est pas parce que l'on est actrice porno qu'on l'on peut écrire n'importe quoi sur "Pornography" et l'oeuvre des Cure, malheureusement. Ce serait trop facile. En tout cas, ce genre de fadaises en dit long sur l'influence de Rock & Folk, incapable d'obtenir une interview backstage bandante du grand Robert Smith (l'un de nos derniers poètes rock qui ne méritait pas une telle débandade).
Louis de Funès aurait fait un bien meilleur papier sur ce concert, et Kad Merad aussi.

